
Ces dernières années, l’IA a considérablement accéléré la création de contenu sur LinkedIn et les autres réseaux sociaux.
On peut écrire plus vite, générer davantage d’idées, retravailler un post en quelques minutes… et forcément, beaucoup de monde en a profité.
Mais il y a aussi eu un effet beaucoup moins positif : une forme d’uniformisation.
Quand tout le monde utilise les mêmes outils, avec les mêmes prompts et souvent de la même manière, les contenus finissent par se ressembler.
Des posts parfaitement écrits en apparence, bien structurés, sans faute… mais dans lesquels on retrouve peu de point de vue, peu d’expérience personnelle et parfois même assez peu de substance.
C’est précisément ce que LinkedIn appelle aujourd’hui l’“AI slop”.
Depuis cet été, la plateforme a décidé de s’y attaquer beaucoup plus directement. Elle a notamment déployé de nouveaux systèmes pour identifier les contenus jugés trop génériques ou répétitifs, et affirme avoir déjà réduit de 40 % les vues accordées aux contenus qu’elle classe comme AI slop.
Alors, faut-il pour autant arrêter d’utiliser ChatGPT, Claude ou les autres assistants IA pour travailler son personal branding ? Non.
Ce serait même dommage de se priver d’outils qui peuvent faire gagner énormément de temps.
La question est plutôt de savoir comment continuer à construire une voix personnelle et reconnaissable quand tout le monde a accès aux mêmes outils ? Et surtout, comment profiter de leur puissance sans tomber dans des contenus interchangeables ?
C’est ce qu’on va voir dans cet article.
Pendant longtemps, le principal risque d’un mauvais post LinkedIn était simple : personne ne le lisait.
Depuis cet été, un nouveau terme s’est installé sur la plateforme : l’AI slop.
LinkedIn l’utilise pour désigner des contenus souvent produits avec l’aide de l’IA, plutôt bien écrits en apparence, mais qui manquent de point de vue, de perspective personnelle ou tout simplement de fond.
Vous en avez certainement déjà croisé.
Des posts qui commencent par « Dans un monde en constante évolution… », qui expliquent que « le leadership ne consiste pas seulement à diriger, mais à inspirer », ou encore ces listes de « 7 leçons apprises en 15 ans de carrière ».
Techniquement, rien n’est vraiment faux. Mais remplacez le nom de l’auteur par celui de cinquante autres personnes et le post fonctionne toujours.
C’est précisément le problème…
LinkedIn a donc commencé à réduire la diffusion de ces contenus et a même ajouté cet été un bouton « Seems like AI slop » pour permettre aux utilisateurs de les signaler. Plus d’un million de membres l’avaient déjà utilisé dans les deux premières semaines. La plateforme affirme également avoir réduit de 40 % les vues des contenus classés AI slop.
Mais attention à ne pas tirer la mauvaise conclusion.
LinkedIn ne dit pas : « N’utilisez plus ChatGPT. »
La plateforme explique même explicitement que l’IA peut être utilisée pour aider à rédiger. Ce qu’elle cherche à limiter, ce sont surtout les contenus génériques, répétitifs ou sans véritable perspective personnelle.
Et c’est cette nuance qui change beaucoup de choses dans la manière d’utiliser l’IA pour créer du contenu.
L’arrivée de ChatGPT et des autres LLM a créé une tentation assez naturelle.
Vous devez publier sur LinkedIn, vous ouvrez votre assistant IA et vous lui demandez : « Écris-moi un post sur les 5 erreurs à éviter quand on manage une équipe. »
En quelques secondes, vous obtenez une accroche, cinq idées, des exemples, une conclusion et un CTA.
Le problème, c’est que vous n’avez presque rien apporté au contenu.
L’IA a choisi le sujet, l’angle, les arguments, les exemples, le vocabulaire et parfois même votre opinion.
Le résultat peut être très propre, mais il ressemble forcément à beaucoup d’autres contenus construits de la même manière.
Et pour du personal branding, c’est presque contradictoire !
Le principe, justement, c’est de rendre identifiable une personne, sa manière de penser, son expérience et sa façon de voir son métier.
Si votre concurrent peut publier votre post demain matin sans changer une ligne, il y a de fortes chances qu’il ne raconte pas grand-chose de vous.
L’idée n’est donc pas de bannir l’IA de votre création de contenu.
Ce serait même dommage : bien utilisée, elle fait gagner énormément de temps.
Elle peut notamment vous aider à :
LinkedIn lui-même rappelle que l’IA peut être utile pour améliorer une formulation, relire un contenu ou le rendre plus concis, tant que la publication reste fidèle à la voix, à la perspective et à l’expérience de son auteur.
Le vrai sujet, c’est donc surtout de l’utiliser au bon moment dans le process.
Meilleure logique : vous pensez → l’IA structure → vous finalisez.
Autrement dit :
VOUS : la matière
Expérience / Anecdote /Expertise /Chiffre /Opinion /Observation terrain
↓
L’IA : l’assistance
Angle / Structure / Hook / Simplification / Reformulation /Challenge
↓
VOUS : la voix finale
Vocabulaire / Verbatim / Nuance / Opinion / Exemples / Personnalité
L’idée, l’expérience et le point de vue viennent de vous. L’IA vous aide simplement à mieux les raconter.
C’est LA question la plus importante !
Avant même d’ouvrir ChatGPT, demandez-vous : Qu’est-ce que j’ai à raconter que l’IA ne peut pas connaître si je ne le lui donne pas ?
La réponse ne se trouve pas dans une grande théorie, mais dans votre quotidien !
Pas forcément une énorme étude de marché. Vos propres données sont souvent beaucoup plus intéressantes.
Vous n’êtes pas obligé d’avoir une opinion clivante sur tout, mais vous devez avoir une lecture.
C’est une source de contenu particulièrement riche.
Une vraie phrase entendue dans la vraie vie donne immédiatement une autre texture au contenu.
Prenons un exemple concret : un dirigeant qui veut écrire un post sur la prise de décision en entreprise.
Il pourrait simplement demander à l’IA : « Écris-moi un post LinkedIn sur l’importance de responsabiliser les équipes dans la prise de décision. »
Et obtenir quelque chose comme :
« En entreprise, prendre des décisions rapidement est essentiel.
Pourtant, trop d’organisations souffrent encore d’un manque de responsabilisation.
Pour être performante, une équipe doit savoir qui décide, faire preuve d’autonomie et avancer avec confiance.
La responsabilisation n’est pas une option : c’est une condition de la performance collective. »
En soi, ce n’est pas faux. Mais qu’est-ce qu’on apprend sur le dirigeant qui publie ce post ? Pas grand-chose…
Maintenant, imaginons qu’on parte d’une situation qu’il a réellement vécue :
« Pendant notre CODIR ce matin, on a passé 45 minutes à discuter d’une décision que personne ne voulait vraiment prendre.
Et au bout d’un moment, je me suis rendu compte que notre problème n’était pas le manque d’informations.
Nous avions les chiffres, nous avions identifié les risques, tout le monde avait donné son avis.
Ce qui nous manquait, c’était simplement une réponse à une question : qui décide ? »
Le sujet de fond est exactement le même. Sauf que cette fois, il y a un moment précis, une situation, une tension, une observation et un raisonnement.
On n’a plus l’impression de lire une leçon de management. On entre dans une scène que la personne a réellement vécue. C’est précisément ce type de matière qu’il faut donner à l’IA !
Le personal branding porte bien son nom : il y a une personne derrière le contenu, et cela doit se sentir.
Ça ne veut pas dire commencer tous ses posts par « Moi, je… ». En revanche, quand vous racontez une expérience ou partagez une conviction, il faut assumer le point de vue qui est le vôtre.
Dire « Je me suis rendu compte que… » sera plus incarné que « Les dirigeants doivent comprendre que… ». De la même manière, « Ce que je vois chez nos clients… » raconte tout de suite d’où vient votre réflexion, là où « Les entreprises font souvent face à… » reste beaucoup plus générique.
Même chose avec une évolution de point de vue : « J’ai longtemps pensé que… Aujourd’hui, je pense l’inverse » en dit beaucoup plus sur vous que « Il est essentiel de faire évoluer ses convictions ».
Le « je » ne rend donc pas un contenu égocentrique. Il permet simplement au lecteur de comprendre d’où vient ce que vous racontez : une expérience, une observation, une conviction, parfois même une erreur.
Et c’est justement ce qui fait la différence entre un point de vue personnel et une vérité générale qu’une IA pourrait formuler pour n’importe qui.
Une autre erreur fréquente consiste à utiliser l’IA pour « améliorer » systématiquement chaque phrase. À force de vouloir tout lisser, on finit parfois par perdre la voix de départ…
Imaginons qu’un dirigeant dise naturellement : « Ça, je n’y crois pas une seconde. »
On pourrait transformer cette phrase en : « Cette approche me semble néanmoins difficilement compatible avec la réalité opérationnelle que nous observons. »
La deuxième formulation est peut-être plus élégante sur le papier. Mais est-ce vraiment comme ça que la personne parle ?
Le verbatim est très précieux ! Certains dirigeants racontent beaucoup, d’autres vont droit au but. Certains utilisent des analogies, d’autres s’appuient surtout sur des chiffres. Certains ont des expressions qui reviennent souvent, une manière bien à eux de nuancer, de réagir ou de formuler un désaccord.
Le travail éditorial ne consiste donc pas à faire rentrer tout le monde dans un même « bon style LinkedIn ». Il consiste plutôt à préserver ce qui rend une voix reconnaissable.
L’IA peut vous aider à mieux écrire, mais elle ne doit pas gommer votre manière de parler au passage;
Notez d'abord ce qui s'est réellement passé.
Vous pouvez partir de l'une de ces phrases :
J'ai vécu… /J'ai observé… / Un client m'a dit… / J'ai changé d'avis sur… / Nous avons obtenu ce résultat… / Je ne suis pas d'accord avec… / Cette semaine, j'ai compris que…
Ne cherchez pas encore à écrire joliment, notez juste les faits.
Une date / Un chiffre / Un lieu / Le nom d'un produit / Une durée / Une décision / Une difficulté
Plus il y a de matière vérifiable et vécue, moins le contenu devient interchangeable.
Terminez cette phrase : « Ce que cette expérience m'a appris, c'est que… »
Ou : « Ce que je pense de ce sujet aujourd'hui, c'est que… »
Vous venez probablement de trouver le cœur du post.
Vous pouvez lui demander :
L'IA devient alors votre éditeur.
Relisez chaque phrase et demandez-vous : Est-ce que je dirais réellement ça à quelqu'un ?
Si la réponse est non, réécrivez.
Remettez vos expressions, vos phrases courtes, vos nuances, votre vocabulaire métier…
Vous n'êtes pas obligé de conserver une phrase simplement parce qu'elle est « mieux écrite ».
Votre concurrent pourrait-il publier exactement le même texte ?
Si oui, retournez chercher du vécu.
Votre publication n'a pas besoin de ressembler à un post LinkedIn. Elle doit surtout vous ressembler.
L’IA peut vous faire gagner un temps énorme, mais elle ne doit pas penser à votre place. Le fond doit toujours venir de vous : vos expériences, vos opinions, vos anecdotes, vos chiffres. C’est ça qui fera qu’on reconnaîtra votre voix, même si l’IA vous aide à mieux la structurer.
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